[LaTeX] Comparaison entre la forge médiévale et la forge artisanale moderne
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  1. %
  2. % Florent JACQUET
  3. % florent.jacquet@utbm.fr
  4. %
  5. % Rapport de MR00 (A13)
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  21. \begin{document}
  22. \begin{titlepage}
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  24. \begin{center}
  25. \textsc{\LARGE Université de Technologie de Belfort Montébliard}\\[1cm]
  26. \textsc{\Large MR00}\\
  27. \rule{\linewidth}{0.5mm}
  28. { \huge \bfseries Comparaison entre la forge médiévale et la forge artisanale moderne\\[0.4cm] }
  29. \rule{\linewidth}{0.5mm}
  30. \vskip1cm
  31. % Author and supervisor
  32. Florent \textsc{Jacquet}
  33. \\\includegraphics[scale=0.4]{enclume.jpg}
  34. \vfill
  35. {\large Automne 2013}
  36. \end{center}
  37. \end{titlepage}
  38. \newpage
  39. \chapter*{Remerciements}
  40. \addcontentsline{toc}{chapter}{Remerciements}
  41. \paragraph{}
  42. Avant toutes choses, je souhaite remercier les personnes qui m'ont aidé et qui ont donc contribué de manière directe ou
  43. indirecte à mes recherches pour la réalisation de ce rapport. Je remercie donc particulièrement M. Denis \textsc{Poux}, ferronier
  44. d'art à Chaudron (25), qui a bien voulu prendre le temps de me faire visiter son atelier et qui a également répondu à
  45. toutes les questions que j'ai pu lui poser. Je remercie également le Musée du Fer de Vallorbe (VD, Suisse), et particulièrement une
  46. des forgeronnes y travaillant, pour la démonstration réalisée dans une parfaite conservation d'un atelier des
  47. Grandes Forge de Vallorbe. Je remercie encore mes parents pour m'avoir toujours emmené en visite partout où nous
  48. allions, et particulièrement pour la visite du chantier médiéval de Guédelon en 2007, d'où j'ai également pu tirer
  49. quelques belles images. Enfin, je remercie Mme. Marina \textsc{Gasnier} pour m'avoir suivi et conseillé dans mes recherches
  50. durant tout le semestre au cours du quel ce rapport fût rédigé.
  51. \tableofcontents
  52. \listoffigures
  53. \newpage
  54. \chapter*{Introduction}
  55. \addcontentsline{toc}{chapter}{Introduction}
  56. \subsubsection{}
  57. \paragraph{}
  58. Depuis environ 1800 avant Jésus Christ (JC), l'Homme travaille le fer, et depuis près de quatre ou cinq millénaires avant JC,
  59. il a découvert le métal à travers le cuivre. Mais si au départ ses ouvrages restent très sommaire, ils s'affinent avec
  60. le temps et l'expérience des artisans de l'époque.
  61. \paragraph{}
  62. Entre la chute de l'Empire Romain d'occident vers le V\ieme{} siècle après JC et la Renaissance au XV\ieme{}, s'étend le
  63. Moyen-Âge. À cette époque, la forge est un des métiers les plus importants et des plus pratiqués, car hormis le bois, la
  64. pierre, ou le tissu par exemple, le fer reste un des matériaux les plus utilisés pour réaliser la plupart des objets et
  65. constructions de l'époque. En effet, du fer à cheval à la ballustrade de balcon, en passant par toute sorte
  66. d'outils tranchants, tous sont réalisés par des forgerons plus ou moins spécialisés dans un domaine ou l'autre.
  67. \subsubsection{Une activité complexe}
  68. \paragraph{}
  69. Mais malgré cette généralisation de la forge, elle reste un art très complexe à maîtriser. Elle consiste à travailler le
  70. métal, généralement à chaud, par une succession de coups portés sur la pièce. Celle-ci est généralement posée sur une
  71. enclume, une grosse pièce d'acier avec une face plate sur le dessus, pesant jusqu'à plusieurs quintaux. La frappe
  72. s'effectue le plus souvent à l'aide d'un marteau, et le métal se déforme donc en subissant la pression des deux outils
  73. entre lesquels il se retrouve coincé. La difficulté réside donc principalement dans la précision avec laquelle le
  74. forgeron arrive à donner ses coups.
  75. \paragraph{}
  76. Une autre grosse difficulté se trouve dans la gestion de la température, puisque même si il reste possible de forger à
  77. froid, on préfère généralement chauffer le métal afin de l'assouplir en changeant sa structure cristalline, et ainsi de
  78. le rendre beaucoup plus facile à travailler. Mais il existe de nombreuses températures de travail, dépendant de ce que
  79. l'on veut faire, et celles-ci s'étendent de la température ambiante jusqu'à plus de 1200\degres{}C, ce qui laisse une
  80. très large possibilité de chauffe et complexifie donc la tâche du forgeron.
  81. \paragraph{}
  82. La dernière des difficultés est liée également à la température, puisqu'il s'agit des traitements thermiques. Réaliser une pièce est
  83. une chose, mais lui donner les propriétés mécaniques voulues en est une autre, et le traitement thermique intervient ici
  84. car c'est principalement lui qui confère aux pièces leurs propriétés. Ce n'est que depuis que l'on commence à connaître en finesse la
  85. métallurgie, vers le XIX\ieme{} siècle, que l'on comprend vraiment ce qu'il se passe, mais cela n'empêchait pas nos
  86. ancêtres de maîtriser ces traitements de manière empirique, choses qui, comme le reste, n'est pas des plus simples.
  87. \subsubsection{}
  88. \paragraph{}
  89. Même si la science est au Moyen-Age dans une période plus ou moins creuse, puisque le temps des illustres mathématiciens grecs est depuis
  90. longtemps révolu et que celui des Lumières n'est pas encore d'actualité, il n'en est pas moins que les artisans du fer
  91. réalisent des progrès considérables. Ils commencent en effet à travailler le fer de manière artistique pour la
  92. confection des ballustrades, des rampes d'escalier, ou encore des pentures de porte comme on peut le voir par exemple
  93. sur la cathédrale Notre Dame à Paris.
  94. \paragraph{}
  95. Cet engoument pour le fer forgé est encore aujourd'hui d'actualité puisque l'on trouve toujours des ferroniers
  96. d'art, et il n'a pas non plus perdu de son utilité, puisque les maréchaux ferrent toujours des chevaux.
  97. C'est donc une comparaison de la forge en France pendant ces deux périodes, celle du Moyen-Âge entre le X\ieme{} et le
  98. XIII\ieme{} siècle, et celle de notre époque contemporaine, qui va nous intéresser tout au long de ce rapport.
  99. \chapter{L'artisan forgeron au Moyen-Âge}
  100. \section{Qu'est-ce que la forge à cette époque?}
  101. \paragraph{}
  102. Juste après la chute de l'Empire Romain d'occident, la maîtrise du fer est encore loin d'être parfaite, même si l'on
  103. trouvait déjà à l'époque des épées, armures, chaînes, ou autres clés et serrures plutôt bien réalisées\footnote{Exemples
  104. visibles au musée du fer de Vallorbe}.
  105. \paragraph{}
  106. Mais les progès réalisés durant l'époque médiévale vont considérablement bouleverser cette pratique par des techniques qui
  107. tendent aujourd'hui à s'oublier, mais qui pourtant ont permis par la suite de mettre en place les révolutions
  108. industielles consuisant au monde actuel.
  109. \paragraph{}
  110. Si au départ, la forge existe dans un but purement utilitaire, c'est dans la deuxième moitiée du Moyen-Âge, pendant
  111. la construction des prestigieux châteaux forts et autres cathédrales que la grandeure des artisans va se révéler et
  112. révolutionner cette pratique au point même de la transformer en art!
  113. \subsection{La fabrication du métal}
  114. \paragraph{}
  115. Dans la nature, le fer se trouve sous forme de minerai, des rochers et des pierres qui contiennent une grande quantité
  116. de fer (jusqu'à plus 60\% pour certains minerais comme les magnétites). Il faut alors extraire ce fer en chauffant le
  117. minerai, ce qui permet aux impuretés fondant à des température plus basse que le fer, de s'éliminer, avant de
  118. récupérer un bloc de fer par fusion des atomes entre eux. Cette fusion a lieu vers les 1100-1200\degres{}C. Toute cette
  119. opération de chauffe était réalisée dans un bas-fourneau jusqu'à l'invention puis la généralisation du haut-fourneau
  120. entre le XII\ieme{} et le XV\ieme{} siècle, soit à la fin du Moyen-Âge.
  121. \begin{figure}[H]
  122. \centering
  123. \includegraphics[width=0.7\textwidth]{bas_fourneau.jpg}
  124. \caption{Un bas-fourneau}
  125. \caption*{Détail d'un panneau explicatif du musée du fer de Vallorbe}
  126. \end{figure}
  127. \paragraph{}
  128. Le fer était obtenu par fusion du minerai dans des bas-fourneaux afin d'obtenir ce que l'on appelle une
  129. loupe: un bloc de métal pas très homogène. Ce bloc était ensuite forgé et soudé avec lui même, par pliages successifs
  130. afin de l'homogenéiser et l'on obtenait après cette étape un saumon, qui était parfois de nouveau reforgé pour en faire une
  131. barre. Cette barre était ensuite livrée aux différents forgerons comme matière première, ou bien utilisée sur place dans
  132. le cas d'un chantier ou d'un forgeron réduisant lui même le minerai qu'il pouvait récolter seul dans des affleurements.
  133. \paragraph{}
  134. Mais dans certaines régions où le minerai abondait et était de bonne qualité, on pouvait trouver au même endroit toute
  135. la chaîne de production du fer, comme c'est le cas par exemple dans la zone entourant Vallorbe, tel que cela est
  136. expliqué au musée du fer, mais aussi du côté de Saint-Dizier, de Vert-Saint-Denis, ou de Saint-Maurice-Montcouronne en
  137. France\footnote{Référence: La production sidérurgique en contexte d'habitat aux VIIIe-XIIe siècles : l'apport des
  138. fouilles récentes en France et en Suisse}. Toute cette chaîne était de plus située à proximité des habitations, ce qui
  139. atteste d'une importante production, en comparaison des siècles précédents (époque gallo-romaine) où les fours de
  140. réduction étaient généralement sur le site d'extraction du minerai, c'est à dire assez éloigné de l'habitat. Toutes ces
  141. recherches montrent que certains forgerons ont donc habité et travaillé toute leur vie dans un site de fabrication
  142. métallurgique.
  143. \paragraph{}
  144. Ce métal était évidemment du fer, maintenant appellé communément fer au carbone ou acier doux, car pendant les
  145. transformations, la chauffe au charbon le faisait absorber une petite quantité de carbone, mais une quantité trop
  146. faible pour transformer le métal en véritable acier. La réduction en bas-fourneau est d'ailleurs appelée pour cela
  147. réduction directe, car on obtient à la fin un métal qui n'a pas besoin d'être affiné, contrairement à nos productions
  148. modernes en haut-fourneau, le procédé indirect, qui produit de la fonte ayant un trop fort taux de carbone et devant
  149. être affinée dans les aciérie pour produire un métal forgeable.
  150. \paragraph{}
  151. L'image suivante, prise sur Internet\footnote{Forum outil anciens:\\
  152. \url{http://www.forum-outils-anciens.com/t4015-Loupe-de-bas-fourneau-et-saumon-de-fer.htm}}, illustre parfaitement les
  153. loupes et saumons que l'on peut observer au musée du fer de Vallorbe.
  154. \begin{figure}[H]
  155. \centering
  156. \includegraphics[width=0.7\textwidth]{loupe_saumon.jpg}
  157. \caption{Après la réduction}
  158. \caption*{Une loupe (en bas) et un saumon (en haut) prêt à être forgé}
  159. \end{figure}
  160. \subsection{Différentes classes}
  161. \paragraph{}
  162. Durant toute la période moyenâgeuse, les forgerons étaient omniprésents. Ils confectionnaient toutes sortes d'outils du
  163. quotidien, mais on les trouvaient également dans le bâtiment, ou encore chez les militaires pour la confection d'armes
  164. et d'armures, sans oublier un des vétérinaire de l'époque, le maréchal-ferrant, soignant principalement les chevaux.
  165. \paragraph{}
  166. Mais au vu du nombre souvent faible de ces artisans dans les campagnes, ces différenciations exprimaient simplement des
  167. spécialisations, puisqu'en réalité, un forgeron pouvait parfois être amené à ferrer des chevaux, et un maréchal se
  168. retrouvait de temps en temps à la confection des mécanismes de serrurerie\footnote{Référence: Les maréchaux à l'époque
  169. médiévale}.
  170. \subsection{Le forgeron}
  171. \paragraph{}
  172. Le forgeron, c'est celui qui est le plus courant au Moyen-Âge, puisqu'il n'a pas un métier très précis. Ils étaient très
  173. nombreux, l'industrie n'existant pas encore. C'est lui qui fabrique la plupart des outils de la vie courante, c'est à
  174. dire une multitude d'outils agricoles, mais aussi les parties métalliques d'un bâtiment telles les pentures de portes ou
  175. les garde-corps d'un balcon, ou encore simplement les saumons à partir des scories des bas-fourneaux.
  176. \paragraph{}
  177. C'est un artisan très polyvalent, car pour fabriquer les outils de tous les autres métiers, il doit les connaître le
  178. mieux possible, afin de fournir le meilleur matériel. Mais ce sont aussi aux autres travailleurs d'énoncer clairement
  179. leurs besoins. Par exemple, un charpentier qui a besoin d'un certain type de clous doit pouvoir le décrire précisément
  180. au forgeron pour que celui-ci les fabrique. Plus complexe: les outils agricoles. Le Moyen-Âge est une période où
  181. l'agriculture s'est le plus développée, et cela est passé également par l'outillage, qui était donc surtout fabriqué par
  182. le forgeron. Charrues, faux, houes, bêches étaient des objets assez courants dans la vie rurale de l'époque.
  183. \paragraph{}
  184. Dans les villes la demande pouvait être tout à fait différente. Il n'est en effet plus guère question de fabriquer et
  185. réparer des charrues, en revanche, il faut être capable de fournir des couverts à toute la population. La difficulté
  186. vient donc ici de la répétition du même objet et le forgeron doit donc être capable de fabriquer rapidement un pic à
  187. viande, généralement efficacement décoré, mais surtout en grande série. La décoration et l'uniformité des pièces est
  188. d'autant plus importante que la commande du service de table est pour le seigneur local, car celui ci peut alors rémunérer
  189. grassement l'artisan qui fournira de belles pièces rapidement.
  190. \paragraph{}
  191. Enfin, la construction étant très à la mode au Moyen-Âge, on trouve des forgerons sur tous les chantiers. Qu'il s'agisse
  192. d'une cathédrale ou d'un château fort, toutes ces constructions sont faites en pierre, et pour tailler la pierre, il
  193. faut des marteaux et des ciseaux, broches, coins, en très grande quantité. C'est là encore aux forgerons de se mettre au
  194. travail pour éviter une pénurie d'outils.
  195. \paragraph{}
  196. Sur ces constructions, le minerai était parfois extrait sur place, et encore une fois, le forgeron devait aussi savoir
  197. comment fabriquer le métal qu'il allait devoir travailler à partir des pierre ferrugineuses extraites du sol. Un bel
  198. exemple de reconstitution est visible régulièrement au chantier de Guédelon, où des réductions ferreuses sont pratiquées
  199. plusieurs fois par an sur place par les forgerons du chantier, illustrant encore une fois la polyvalence de ce métier.
  200. \begin{figure}[H]
  201. \centering
  202. \includegraphics[width=\textwidth]{reduction.jpg}
  203. \caption{Réduction ferreuse}
  204. \caption*{Scorie s'écoulant d'un bas-fourneau au chantier médiéval de Guédelon}
  205. \end{figure}
  206. \subsection{Le maréchal-ferrant}
  207. \paragraph{}
  208. Le maréchal-ferrant est certainement la classe de forgeron la plus complexe de part son hétérogéneité au sein de la
  209. classe, mais aussi de part le nombre de compétences qu'un maréchal-ferrant doit cumuler\footnote{Les sources de cette
  210. partie sont essentiellement tirées de ``Les maréchaux à l'époque médiévale : forgerons ou vétérinaires ?``}.
  211. \paragraph{}
  212. Appelé autrefois simplement maréchal, souvent orthographié \emph{mareschal}, cet artisan du fer doit certes être un
  213. très bon forgeron, mais il doit également très bien connaître le cheval: son anatomie, ses maladies, et tout ce qui peut
  214. s'y rapporter.
  215. \paragraph{}
  216. Le fer à cheval étant une pièce plutôt complexe à réaliser non pas par sa forme, mais par le fait qu'elle doive
  217. s'adapter parfaitement aux contraintes imposées par le sabot du cheval variant d'une bête à une autre, le maréchal doit
  218. avant tout être un très bon forgeron et ses pièces doivent être les plus précises possible. Il ne s'agit pas de ferrer
  219. un cheval avec un fer qui lui donnerait des défauts ou le déstabiliserait. La responsabilité est donc relativement
  220. importante, ce qui fait du maréchal à l'époque généralement quelqu'un d'important.
  221. \paragraph{}
  222. En effet, les archives montrent que dans la majorité des municipalités et seigneureries, le maréchal est dans les
  223. artisans les mieux payé. Il peut même parfois accéder à certaines responsabilités de la commune, ce qui est gage d'une
  224. certaine noblesse, pourtant il lui arrive parfois d'être relativement pauvre, commes certains l'étaient dans le
  225. Poitou\footnote{``Les maréchaux à l'époque médiévale : forgerons ou vétérinaires ?`` Page 166}.
  226. \paragraph{}
  227. Cependant, qu'il soit pauvre ou plutôt riche, le maréchal se voit partout confié des missions diverses. Il doit non
  228. seulement ferrer les chevaux, mais il est aussi très souvent amené à les soigner des diverses maladies qu'ils peuvent
  229. contracter. On observe ainsi dans les registres de comptabilité seigneuriaux qu'ils étaient contactés au moins aussi
  230. souvent, voire même plus, que les hippiatres, lorsque des cas pathologiques se présentaient dans une cour. Cela est
  231. principalement dû à leur effectif plus élevé que ces derniers. De plus, étant donné qu'ils devaient venir régulièrement
  232. pour le ferrage, on peut penser que les clients faisaient appel à eux aussi par habitude, et parce qu'il devait aussi
  233. connaître les bêtes, ce qui ne peut qu'aider à les traiter.
  234. \paragraph{}
  235. Certains registres\footnote{Celui de Philippe le Hardi par exemple (``Les maréchaux à l'époque médiévale : forgerons ou
  236. vétérinaires ?`` Page 169)} attestent même du commerce de plantes médicinales par le maréchal, ce qui dénote d'une
  237. connaissance reconnue en la matière puisque ce commerce était généralement réservé qu'à certaines personnes habilitées
  238. comme les médecins ou les apothicaires.
  239. \paragraph{}
  240. Enfin, le maréchal était aussi très présent chez les militaires au service d'un seigneur, puisque ceux-ci possédaient
  241. courament un grand nombre d'équidés qu'il fallait soigner et ferrer. De plus, il était alors facile en tant de guerre
  242. de réquisionner le maréchal pour la fabrication d'armes si le spécialiste en la matière se trouvait dépassé.
  243. \subsection{L'armurier}
  244. \paragraph{}
  245. L'armurier est certainement la classe de forgeron la plus connue de nos jours, puisque c'est toujours celle-ci qui est
  246. montrée dans les films et la culture médiatique actuelle, étant celle qui sucite le plus d'engouement. Pourtant,
  247. en regardant la réalité historique, cette classe était largement minoritaire face aux autres, puisque les armuriers
  248. travaillaient toujours pour un seigneur et que les seigneurs étaient beaucoup moins nombreux que la population.
  249. \paragraph{}
  250. Cela s'explique très facilement. Ceux qui ont besoin d'armes sont ceux qui ont des gens à équiper. Mais pour avoir des
  251. gens à équiper, il faut de l'argent, ce qui signifie à l'époque qu'il faut être noble. C'est donc toujours la noblesse
  252. qui embauchait les fabriquants de matériel militaire, et ceux-ci travaillaient donc en général dans la forge du château,
  253. ou bien directement avec une forge portative sur l'arrière du champ de bataille lors des campagnes importantes.
  254. \paragraph{}
  255. Même si la forme des épées et autres armes est généralement assez simple, leur fabrication n'en demeure pas moins un art
  256. demandant une grande maîtrise de la métallurgie. Si les celtes se battaient courament avec des épée en
  257. fer\footnote{Une très belle reconstitution du processus de fabrication d'une épée celte se trouve au musée du fer de
  258. Vallorbe, réalisée en partenaria avec un musée Zurichois} celles des chevaliers étaient en revanche de bien meilleure
  259. facture avec des lames déjà en acier trempé.
  260. \paragraph{}
  261. C'est là toute la maîtrise des maîtres armuriers, car on ne savait pas à l'époque fabriquer de l'acier, et ils devaient
  262. alors le faire eux même par des techniques ancestrales\footnote{Il s'agit en fait généralement d'une transmission plus
  263. ou moins rigoureuse de la fabrication de l'acier Damas, ou acier Wootz, venu des pays d'Asie par la route de la soie},
  264. sans réellement savoir quelles conséquences leur méthode avait sur le métal en lui-même. Cela constiste généralement à
  265. carburer la lame par une méthode quelconque (voir: \ref{carburation}) avant de la replier sur elle même et de
  266. recommencer afin de créer un mélange le plus homogène possible de couches carburées (donc de l'acier) avec des couches qui le
  267. sont moins (du fer). C'est la confection de cet acier, de plus ou moins bonne qualité selon le savoir faire de
  268. l'artisan, qui donnera une lame plus ou moins bonne. Les analyses de certaines pièces montrent que le nombre de plis
  269. pouvait atteindre cinq cent, voire même mille pour certains Katanas japonais de la même époque, d'où une homogenéité
  270. quasi parfaite, donc une lame aux propriétés mécaniques de flexion et de résistance très intéressantes, ainsi qu'un fil
  271. de lame pouvant être aiguisé très finement et de façon durable.
  272. \paragraph{}
  273. Mais la forge militaire ne s'arrête pas à la fabrication des armes, car il faut aussi équiper les guerriers pour la
  274. défense et la fabrication des armures est aussi une tâche complexe. Le forgeron doit d'abord obtenir des tôles qui sont
  275. ensuite travaillées à froid sur des sortes d'enclumes en bois de formes arrondies à l'aide d'un marteau léger. Pour cela
  276. il soude entre eux plusieurs saumons pour constituer un bloc de fer relativement conséquent qu'il n'a plus qu'à applatir
  277. sur son enclume.
  278. \paragraph{}
  279. Une fois la tôle établie, il peut alors la modeler en se servant de billauds concaves ou convexes afin de donner à la
  280. tôle sa forme de plastron, de coudière, de heaume ou de toute autre pièce d'armure souhaitée. Ici, la technicité
  281. consistait à avoir le sens des dimensions pour construire une armure adaptée au chevalier, même si bien souvent, une
  282. armure coûtant extrêmement cher, celles ci se transmettaient d'un homme à l'autre et on procédait seulement à quelques
  283. adaptations.
  284. \paragraph{}
  285. Malgré que les méthodes ne soient pas toujours traditionnelles, on peut trouver un nombre assez abondant de
  286. gens\footnote{Par exemple Éric Dubé sur YouTube (\url{http://www.youtube.com/user/SgtViktor})} ayant
  287. construits leurs armures pour des reconstitutions, puisque le travail principalement à froid de tôle aisément trouvable
  288. dans le commerce rendent la technique relativement accessible. Plus facile, en tout cas, que la fabrication des autres objets qui
  289. demandent en général de posséder une forge, chose tout de suite moins aisée de nos jours.
  290. \paragraph{}
  291. Enfin, le forgeron d'armes pouvait aussi avoir à fabriquer du fil de fer. Ce matériaux étant à la base de la cotte de
  292. mailles, il fallait alors en fabriquer d'énormes quantités, mais le travail d'assemblage des mailles étant très long et
  293. peu technique, il était facile pour un seigneur de déléguer ce travail à quelqu'un de moins qualifié que le forgeron afin
  294. de permettre à ce dernier de mettre au maximum ses compétences à profit sans perdre de temps inutilement.
  295. \subsection{Bien d'autres spécialisations}
  296. \paragraph{}
  297. Seule une petite partie des différentes spécialisations a été ici évoquée, car en réalité, si nombre de forgerons étaient
  298. très polyvalents, un bon nombre passaient leur vie à faire toujours la même chose d'une main de maître. C'est le cas par
  299. exemple des charons, ceux qui faisaient le cerclage des roues de charrette, des serruriers, qui maîtrisaient la
  300. mécanique, ou des chaîniers, pour qui la soudure au feu n'avait plus aucun secret.
  301. \paragraph{Le charon}
  302. \label{charon}
  303. C'est là une spécialisation très particulière de la forge car elle ne demande pas une grande maîtrise du marteau et de
  304. l'enclume, mais elle reste néanmoins astucieuse. Le principe est d'utiliser le fait que la matière se dilate à la
  305. chaleur. On fabrique alors un cercle de fer ne pouvant rentrer en force autour de la roue en bois, on le chauffe dans un
  306. grand feu allumé spécialement pour l'occasion et ayant les dimensions pour chauffer tout le cercle d'un coup, puis une
  307. fois que ce dernier est chaud (pas besoin d'atteindre le rouge, donc il n'y a même pas besoin de forcer le feu en
  308. l'attisant), on le retire du foyer et on vient le placer autour de la roue mise en place sur une aire de cerclage, puis
  309. on arrose abondamment pour éviter que le bois brûle. En refroidissant, le fer vient naturellement se serrer autour de la
  310. roue et ainsi la maintenir bien en place.\footnote{Une très belle reconstitution a été réalisée par l'équipe du Fourneau
  311. Saint Michel au village de Maredret en Belgique \\
  312. \url{http://www.maredret.be/patrimoine/patrimoinehistorique/ancienneforge/cerclagederouedecharrette/cerclagederouedecharrette.htm}}
  313. \paragraph{Le serrurier}
  314. Voilà un métier qui est bien plus vieux qu'il n'y parait. On pourrait penser que les serrures, qui sont des mécanismes
  315. généralement assez complexes, seraient assez récents, mais il n'en est rien. On en trouvait déjà pendant l'Antiquité!
  316. Naturellement, ce métier a donc perduré au Moyen-Âge. Cet artisan fabriquait des serrures, mais également tous les
  317. systèmes mécaniques relativement fin de l'époque. Cela comprend donc bien les serrures, mais aussi les mécanismes de
  318. fermeture des portes et fenêtres, ou encore les petites charnières de placards ou coffres-forts.
  319. \paragraph{}
  320. Ce métier est aujourd'hui toujours présent, car le nombre le serrure n'ayant pas diminué, les artisans
  321. métallier-serrurier ont toujours leurs titres de noblesse dans ce qui est de la réparation et du bâtiment.
  322. \section{Un métier qui se transmet par apprentissage}
  323. \paragraph{}
  324. À une époque où l'école n'existe pas vraiment, en tout cas pas pour le peuple, il n'existe aucune formation
  325. professionnelle comme maintenant pour apprendre à être forgeron. La plupart le deviennent de père en fils par un
  326. apprentissage qui s'effectue tout au long de la croissance et de l'éducation des jeunes.
  327. \subsection{Un apprenti à tout faire}
  328. \paragraph{}
  329. L'apprenti est certes, là pour apprendre, mais cela s'effectue avant tout par de la pratique. Ses débuts malgré tout se
  330. marquent surtout par de l'observation, mais cela ne l'empêche pas d'apprendre la théorie avant d'être en âge de
  331. pratiquer. Il sait donc au début comment règler le feu pour obtenir les flammes adéquates, celles qui permettent de
  332. faire tel ou tel travail avec tel ou tel métal.
  333. \paragraph{}
  334. Il apprend aussi les bases de la métallurgie, du moins ce qui se savait à l'époque puisque toutes les connaissances
  335. restaient empiriques, mais il apprenait au moins ce qui se savait par expérience comme les différentes trempes et
  336. cémentations qui permettent un certain contrôle des propriétés mécaniques vouluent pour la pièce.
  337. \paragraph{}
  338. Une fois en âge de pouvoir travailler, l'apprenti commence par faire les pièces les plus basiques comme par exemple des
  339. pics à viandes, ancêtre de notre fourchette ne comportant qu'une seule pointe, qui lui permettent de s'entraîner à
  340. manipuler le métal.
  341. \paragraph{}
  342. Mais dès qu'il en a la force, le jeune forgeron peut se voir demander régulièrement d'empoigner la masse, ce gros
  343. marteau au long manche, bien plus lourd que les marteaux courant, que l'on manipule à deux mains, afin de frapper sur de
  344. grosses pièces que le forgeron manipule sur l'enclume. C'est là l'ancêtre manuel du marteau pilon. Avec une bonne
  345. coordination, les apprentis pouvaient être jusqu'à quatre ou cinq\footnote{Nombre rapporté à mes oreilles par un témoin de
  346. cette pratique en entreprise encore à l'heure actuelle, j'en déduis que cela devait donc se faire, car j'ai trouvé de
  347. nombreuses sources assez vague à ce sujet, rapportant ``plusieurs'' apprentis coordonnés à l'époque médiévale} à frapper
  348. en cadence, suivant les ordres du maître de forge.
  349. \paragraph{}
  350. Il n'y a cependant pas que dans la forge que les apprentis se rendaient plus qu'utiles, car prenons l'exemple d'une
  351. rambarde d'escalier. Le forgeron peut peut-être la forger seul dans son atelier, même si cela ne doit pas être simple
  352. pour un escalier de plusieurs mètres, mais pour la transporter et l'installer à son emplacement définitif, il est
  353. certain qu'il fallait s'y prendre à plusieurs et c'est à ce moment que les jeunes gens qui connaissent les méthodes du
  354. forgeron se rendent plus utiles que le client plein de force et de bonne volonté, mais qui n'y connaît guère.
  355. \subsection{La forge: une affaire familiale}
  356. \paragraph{}
  357. Il est certain que le forgeron installé dans une grande ville peut facilement se retrouver avec des apprentis venant de
  358. toutes les familles de la cité, puisque celles ci sont nombreuses et que la charge de travail au vu du nombre
  359. d'habitants doit être relativement plus élevée qu'en campagne, ce qui peut impliquer de devoir prendre un grand nombre
  360. d'apprentis que la famille seule ne peut pas forcément fournir. Mais une fois en âge de tenir leur propre forge, ces apprentis
  361. ne peuvent pas tous reprendre l'atelier de leur patron puisque celui-ci est presque toujours destiné à l'héritier du
  362. propriétaire se trouvant parmi les apprentis. Les autres jeunes peuvent alors devenir des ``salariés'' de cette
  363. entreprise qui reste familiale.
  364. \paragraph{}
  365. Mais cependant, c'est en campagne que les forgerons sont les plus nombreux, puisqu'en général, on en compte un par
  366. village, au moins en ce qui concerne les maréchaux, le cheval étant omniprésent à cette période. Or dans un village, la
  367. descendance des fermiers est vouée à travailler aux champs, celle des menuisiers à travailler le bois, et ainsi de suite
  368. pour tous les artisans du bourg, car tel est le fonctionnement de la société au Moyen-Âge.
  369. \paragraph{}
  370. Mais cela a au moins le mérite de faciliter la transmission des techniques, car un père n'attend pas d'être à l'atelier
  371. (bien que celui-ci soit très souvent inclus dans la maison) pour parler de son métier à son fils. Ainsi, l'enfant
  372. baignant dans le milieu depuis sa tendre enfance est à même de bénéficier au maximum de l'expérience et de la technique
  373. de son père.
  374. \section{Bien peu de connaissance et beaucoup d'expérience}
  375. \subsection{Un proverbe bien réel}
  376. \paragraph{C'est en forgeant que l'on devient forgeron}
  377. Voilà un proverbe des plus vrai, et c'est d'ailleurs une des premières choses que m'a dit Denis Poux lorsque je l'ai
  378. rencontré. En effet, la forge n'est et n'a jamais été quelque chose que l'on apprend en 5 minutes. Les forgerons
  379. médiévaux vouaient leur vie entière, comme décrit précédemment, à ce métier durant des générations, et c'est à cela que
  380. l'on doit la plupart des avancées dans ce domaine, à ces gens qui, à force d'expérience, ont mis au point des techniques
  381. qui tendent désormais parfois à s'oublier.
  382. \paragraph{}
  383. Mais il ne faut pas croire que ces techniques concernent uniquement le modelage des pièces, car en réalité, les
  384. techniques de forge sont bien plus vastes et concernent également en grande partie la métallurgie et les traitements
  385. thermiques par exemple. Décrivons quelques unes de ces techniques.
  386. \subsubsection{Concernant le modelage}
  387. \paragraph{Deux pièces identiques}
  388. Contrairement à nos jours où il est plutôt aisé de reproduire plusieurs fois la même pièce à l'aide d'automatisations,
  389. cela était beaucoup plus complexe il y a un millénaire. Mais de nombreuses astuces se transmettaient alors de génération
  390. en génération pour être sûr d'y parvenir. Par exemple, l'utilisation d'un gabarit pour créer une volute garanti que
  391. seule la fabrication du dit gabarit se devra d'être précise et rigoureuse. Ensuite, chaque volute viendra se faire en
  392. s'appuyant sur cette même pièce de départ et l'on est sûr de pouvoir en créer toute une série quasiment identiques.
  393. \subsubsection{Le cas de la soudure}
  394. \paragraph{}
  395. Si aujourd'hui nous connaissons une multitude de techniques pour souder deux pièces entre elles, il n'en était pas de
  396. même au Moyen-Âge. En effet, soudure à l'arc, brasure à l'étain, rien de tout cela n'existait, mais les artisans avait
  397. tout de même trouvé une technique, et même si celle-ci était très difficile à maîtriser, elle n'en restait pas moins
  398. d'une efficacité à toute épreuve. C'est en effet cette technique qui permettait la fabrication des chaînes, accessoire
  399. utilisé depuis l'époque romaine pour attacher au départ essentiellement des esclaves, mais qui depuis a servi pour bien
  400. d'autres usages, particulièrement dans l'agriculture, activité prédominante au Moyen-Âge.
  401. \paragraph{}
  402. Le principe est très simple, il suffit de chauffer les deux pièces à souder à une température assez élevée (le blanc
  403. soudant), les rapprochant de leur point de fusion, puis de les marteler l'une sur l'autre pour fusionner les matériaux
  404. entre eux. La soudure est alors terminée. Mais lorsque l'on chauffe le fer à des températures très élevées, il peut
  405. finir par brûler auquel cas la pièce devient inutilisable. La difficulté réside donc dans une chauffe parfaite,
  406. suffisamment élevée pour souder, mais pas trop pour ne pas brûler.
  407. \paragraph{}
  408. Même si elle n'est plus guère pratiquée à notre époque, la soudure au feu est à la base de nombreuses prouesses, pour le
  409. fabriquant d'épée comme pour le fabriquant de chaînes. En effet, pour obtenir une bonne lame, il est nécessaire de
  410. replier la matière première sur elle même un très grand nombre de fois pour obtenir un métal très homogène, en venant
  411. même à comporter des sortes de ``fibres'' qui lui donnent une résistance accrue aux chocs et torsions. Mais ces plis ne
  412. sont efficaces qui si ils se soudent entre eux, et pour cela il faut savoir chauffer parfaitement son métal
  413. régulièrement pendant de longues heures. Les forgeurs de katanas japonais étaient au même moment des experts en la
  414. matière.
  415. \paragraph{}
  416. Pour fabriquer des chaînes, le principe est le même, on a au départ des barreaux de fer coupés à la bonne longueur,
  417. généralement une quinzaine de centimètres pour obtenir une chaîne relativement grosse et solide. Ces barreaux sont
  418. ensuite pliés en leur milieu pour former un 'U', puis les deux extrêmités sont chauffées pour les replier l'une sur
  419. l'autre, la soudure est prête à être effectuée. On chauffe alors cette partie jusqu'au blanc puis on les martèle afin de
  420. les fusionner. Un expert ne met pas plus de trois minutes pour réaliser cette opération, comme le montre une vidéo
  421. explicative du musée du fer, où l'on voit un forgeron fabriquant de chaîne à l'œuvre. Il est précisé que cet homme
  422. réalisait trente mètres de chaîne par jour lorsqu'il était encore en activité!
  423. \subsubsection{Une certaine connaissance métallurgique}
  424. \paragraph{}
  425. \label{carburation}
  426. Même si les médiévaux ne connaissaient pas précisément ce qu'il se passait au niveau atomique dans le métal qu'ils
  427. travaillaient, il avaient tout de même appris que le fer se comportait différemment après certains traitements. Ainsi,
  428. même si ils ne connaissaient pas vraiment la différence entre le fer et l'acier, les deux appellation existaient déjà et
  429. l'on savait que l'on pouvait passer du fer à l'acier, du moins superficiellement en appliquant par exemple de la corne
  430. sur le métal chaud. La corne étant un produit organique, il contient une grande quantité de carbone, et ce composé
  431. pouvait alors pénétrer dans le fer, le transformant en acier localement, et le rendant alors trempable.
  432. \paragraph{}
  433. Mais il existait une multitudes de techniques pour procéder à une carburation du fer, dont bon nombre sont consignées
  434. dans des écrits historiques\footnote{Référence: ``Sur la fabrication de l’acier dans l’Antiquité et au Moyen Âge.''}, ce
  435. qui prouve que les forgerons avaient déjà certaines connaissances théoriques, mais surtout des connaissances pratiques,
  436. car même si aujourd'hui les écrits sont restés, plus personne ne sait vraiment comment cette carburation se pratiquait,
  437. étant donné que l'on sait fabriquer de l'acier avec le taux voulu de carbone directement. Les forgerons modernes n'ont
  438. donc plus à se soucier de ce genre de problèmes, ils doivent simplement savoir quel acier utiliser pour quel usage.
  439. \subsection{Une expérience qui renaît chez des passionnés}
  440. \paragraph{}
  441. Durant les révolutions industrielles de ces derniers siècles, les forges se sont mécanisées et les hommes se
  442. préoccupaient plus de savoir comment rentabiliser les processus, plutôt que de savoir comment conserver les techniques
  443. héritées des temps anciens. C'est pourquoi nombre de techniques ont disparu, remplacée par des méthodes industrielles
  444. plus efficaces à la grande production.
  445. \paragraph{}
  446. Concernant le Moyen-Âge, ces derniers temps ont vu naître un grand nombre de manifestations publiques, se tenant le plus
  447. souvent sur des sites historiques tels des châteaux forts ou autres villes fortifiées, afin de présenter aux gens toutes
  448. ces connaissances pratiques qui se retrouvent petit à petit. Les travaux des historiens de ces dernières années ont mis
  449. en évidence certaines pratiques, qui une fois publiées, font l'objet d'une expérimentation par ces gens qui même s'il ne
  450. sont pas forcément des professionnels du métier, aiment à pratiquer ces gestes perdus.
  451. \paragraph{}
  452. Un exemple assez connu est celui de Guédelon, où une équipe de passionnés construit encore en ce moment un Château Fort selon
  453. les techniques médiévales, sans aucune aide technologique\footnote{Ils sont toutefois obligés de respecter certaines
  454. normes de sécurité, comme le port du casque ou des chaussures de sécurité pour certains métiers.}. Selon les artisans
  455. travaillant là bas, cette reconstitution est très bien perçu par les historiens, car cela permet à ces derniers, comme
  456. évoqué au paragraphe précédent, de visualiser avec des gestes les techniques décritent dans les écrits.
  457. \begin{figure}[h]
  458. \centering
  459. \includegraphics[width=0.9\textwidth]{atelier_medieval.jpg}
  460. \caption{Atelier médiéval}
  461. \caption*{Forge de chantier permanent reproduite fidèlement au Château de Guédelon}
  462. \end{figure}
  463. \paragraph{Cerclage à Maredret}
  464. Même s'il est vrai que cela n'a plus guère d'utilité aujourd'hui de cercler une roue de charrette, des passionnés l'ont
  465. quand même fait dans le petit village belge de Maredret. Ils ont parfaitement reproduit la technique décrite dans le
  466. paragraphe sur le charon (voir \ref{charon}) et ont avec succès réalisé ce que nos ancêtres faisaient tous les jours,
  467. car c'était à l'époque le seul moyen de transport.
  468. \begin{figure}[h]
  469. \centering
  470. \includegraphics[width=0.9\textwidth]{cerclage.jpg}
  471. \caption{Cerclage à Maredret}
  472. \caption*{Pendant l'étape du cerclage, le fer est brûlant et il faut alors bien arroser le bois pour éviter qu'il ne
  473. flambe}
  474. \end{figure}
  475. \chapter{L'artisan forgeron de nos jours}
  476. \section{Qu'est-ce que la forge à l'heure actuelle?}
  477. \paragraph{}
  478. Il est vrai que de nos jours, la forge n'a pas beaucoup changé par rapport à ce qui se faisait du temps des chevaliers,
  479. car il s'agit toujours de modeler du métal entre un marteau et une enclume. Mais on constate cependant de grands
  480. changements dans les outils, les connaissances, et même dans la finalité de la ferronerie, qui n'a plus tout à fait le
  481. même objectif qu'autrefois.
  482. \subsection{Un métier ou une passion?}
  483. % L'art de forger
  484. % Il n'en vit pas, il est employé ailleurs
  485. \paragraph{}
  486. Si autrefois forger était une nécessité, l'industrialisation d'aujourd'hui conduit à la disparition de ce corps de
  487. métier et les forgerons se font désormais de plus en plus rare dans les milieux professionnel. Mais en ce qui concerne
  488. les manifestations historiques de plus en plus nombreuses, particulièrement sur les sites anciens comme les châteaux
  489. forts, il reste très courant, voire systématique, de croiser un de ces artisans au travail. Mais ces gens sont
  490. généralement des bénévoles qui pratiquent la forge par passion et pour le plaisir, tout en ayant un métier parfois tout
  491. autre à côté pour subvenir à leurs besoins.
  492. \paragraph{}
  493. En effet, les méthodes d'industrialisation et la mondialisation qui permettent de fabriquer en grandes séries très
  494. rapidement tous ces objets autrefois confectionné localement rendent complétement obsolète cette pratique: on n'a plus
  495. de réel besoin en forgerons et le métier est dépassé par son temps, comme bien d'autres métiers du passé. Le taillandier
  496. est même sur le point de disparaître complétement car il n'en reste maintenant plus qu'un en France, Bernard Solon, et
  497. il n'existe aucune formation professionnelle pour ce métier\footnote{Source: Institut des métiers d'art}.
  498. \paragraph{}
  499. Malgré cette disparition, il reste cependant, en plus des ferroniers d'art qui ne font presque que cela, un certain
  500. nombre de professionnels pratiquant la forge lorsque cela est nécessaire. Ce sont en général des services de réparations
  501. qui sont proposé par des enseignes affichants des termes proches de ceux ci: ferronier, métallier, serrurier, menuisier,
  502. et la plupart du temps des combinaisons de ces métiers. Ainsi la forge est encore pratiquée par ces gens qui ont
  503. parfois besoin de réparer ou de refaire une pièce spécifique pour la réparation d'un système particulier, mais elle est
  504. la plupart du temps couplée aux nombreuses méthodes modernes, comme la soudure ou la découpe à l'aide de lasers et autre
  505. accessoires technologiques, qui forment la métallerie.
  506. \paragraph{}
  507. Une classe de forgeron regagne cependant aujourd'hui ses lettres de noblesses. Il s'agit du maréchal-ferrant. En
  508. effet, avec le nombre croissant de centres équestre pour la pratique de l'équitation, que ce soit en loisir ou en
  509. compétition, les chevaux sont là et ont besoin d'être ferrés. Le maréchal est donc souvent aujourd'hui un salarié
  510. travaillant dans un centre si ce dernier peut se le permettre, ou bien un artisan itinérant proposant ses services aux
  511. structures de moindre envergures situées dans son rayon d'action.
  512. \subsection{Un objectif transformé}
  513. \paragraph{}
  514. De nos jours, rare se fait donc le forgeron qui vit de ce travail, car bien souvent, c'est une activité exercée en amateur
  515. par quelqu'un qui a souvent une formation professionnelle toute autre, contrairement à nos ancêtres qui exercaient ce
  516. métier car il était nécéssaire à la vie de toute une société, par la fabrication et la réparation d'une grande majorité
  517. d'outils, armes, bâtiments\ldots{}
  518. \paragraph{}
  519. Mais la magie que sucitaient autrefois le métal rouge et les coups de marteau, tout comme la maîtrise de la trempe et
  520. autres procédés, ne s'est toujours pas éteinte, et pourrait même avoir grandie avec la raréfaction du métier. On
  521. constate toujours dans les manifestation où apparaît un forgeron, que nombre de gens s'arrêtent devant l'atelier,
  522. émerveillés, tant les enfants que les adultes, devant un art sorti d'un autre temps. Car oui, c'est désormais l'objectif
  523. principal du forgeron des temps modernes, créer quelque chose de beau. L'utilitaire n'a plus lieu d'être pour les
  524. raisons déjà évoquées, mais la beauté du fer forgé restera à jamais irremplaçable.
  525. \paragraph{}
  526. C'est là ce que recherchent tous les clients\footnote{Témoignage de Denis Poux, voir \ref{denis}} qui font appel à ces
  527. ferroniers travaillant à l'ancienne, malgé quelques outils et techniques modernes, et c'est ce qui permet à ce métier de
  528. perdurer au niveau professionnel, et même d'être reconnu par l'institut des métiers
  529. d'art\footnote{\url{http://www.institut-metiersdart.org/metiers-d-art/arts-et-traditions-populaires/forgeron-marechal-ferrant-taillandier}}.
  530. De plus, le fait que tout le travail soit fait à la main permet de pouvoir aisément d'adapter à toute sortes de
  531. contraintes. Ainsi, bon nombre des gens qui font appel aux services de ces professionnels du sur-mesure le font car ce
  532. qu'ils demandent serait trop spécifique pour un industriel. Par exemple, s'il faut changer les pentures d'une ancienne
  533. porte sur une maison de plusieurs siècles, et que les gonds sont scellés dans la pierre du mur avec leur diamètre non
  534. standard qui est actuellement introuvable dans le commerce, il faut alors faire appel à un artisan et un ferronier d'art
  535. peut alors parfaitement faire l'affaire, d'autant plus que son travail pourra s'adapter au style historique du
  536. bâtiment\footnote{Exemple tiré d'un cas réel que certaines de mes connaissances ont pu expérimenter}.
  537. \paragraph{}
  538. Enfin, contrairement au forgeron, l'objectif du maréchal-ferrant n'a pas vraiment changé par rapport à celui d'antan, il s'agit
  539. toujours de ferrer les chevaux. Mais le travail de soins est désormais assuré par le vetérinaire et le maréchal ne
  540. s'occupe donc plus que du ferrage, même si les deux personnes travaillent en collaboration puisqu'un cheval boiteux se
  541. soignera autant par la médecine que par la pose de fers orthopédiques par le maréchal.
  542. \subsection{De nouvelles connaissances}
  543. \paragraph{}
  544. Depuis le Moyen-Âge, est apparue au XIX\ieme{} siècle la métallurgie, la science des métaux. Cette science vise à étudier
  545. et comprendre le comportement de ces matières du point de vue mécanique, thermique, chimique, physique, en bref à
  546. connaître les métaux en finesse.
  547. \paragraph{}
  548. Mais si le métallurgiste connaît la matière sortie de la mine et sait quels traitements vont lui apporter telles ou
  549. telles propriétés sur le papier, sous forme d'équations et de savants calculs, le forgeron doit désormais savoir par la
  550. théorie quels effets ses traitements thermiques vont avoir sur ses pièces. Il sait aussi beaucoup mieux à quelle
  551. température il doit forger pour avoir une précision maximale sur ce qu'il fait. Tout cela est de la métallurgie très
  552. pratique mais néanmoins nécéssaire, car même s'ils ignoraient cette théorie, les anciens forgerons se basaient sur
  553. l'expérience pour en arriver le plus souvent aux même conclusions, mais cette expérience est désormais difficile à
  554. obtenir puisque les gens ne grandissent et ne s'éduquent plus de la même facon qu'il y dix siècles, comme nous l'avons
  555. vu dans le chapitre précédent. De plus, même si l'expérience ancienne a permis de découvrir la trempe, nombre de
  556. traitements de l'acier ont été découvert par la suite en étudiant la cristallisation et le grain du métal, par exemple.
  557. \paragraph{}
  558. Ainsi, on retrouve l'étude de toutes ces connaissances dans les formations de ferronerie, chaudronnerie, ou autre, afin
  559. que le manque d'expérience soit en partie comblée par des fondements théoriques. On arrive donc à des tableaux comme les
  560. suivants (Figure: \ref{fig:couleurs}). Ces tableaux seuls ne sont certes guères utiles, mais lorsqu'on les combine aux
  561. informations fournies avec chaque acier que l'on peut acheter, comme la température de trempe, le milieu de trempe idéal
  562. (eau, huile, autre\ldots{}), ou bien la température de recuit par exemple, on sait alors très facilement comment traiter
  563. son acier pour obtenir les propriétés les plus intéressantes et on a plus besoin de faire toutes sortes de tests sur des
  564. petits morceaux, ni de procéder par tâtonnement pour connaître approximativement ces données.
  565. \begin{figure}[H]
  566. \label{fig:couleurs}
  567. \centering
  568. \includegraphics[width=\textwidth]{couleurs.jpg}
  569. \caption{Couleurs de l'acier}
  570. \caption*{Les différentes couleurs de l'acier lorsqu'il est chauffé}
  571. \end{figure}
  572. \subsection{Des techniques qui tendent à s'oublier}
  573. \paragraph{}
  574. Avec la progression de nombre de technologies s'appliquant à la forge, des techniques qui contournaient autrefois cette
  575. technologie s'oublient peu à peu. En effet, lorsqu'il s'aggissait d'assembler deux pièces entre elles par exemple, les
  576. forgerons possèdaient un grand nombre de techniques qui aujourd'hui sont encore connues principalement par des exemples
  577. sur des monuments et autres pièces d'époque, mais de moins en moins de gens sont à même de les pratiquer.
  578. \paragraph{}
  579. La principale est la soudure ou feu, qui est toujours bien connue aujourd'hui, mais qui cependant est très complexe à
  580. maîtriser artisanalement de part la difficulté à bien maîtriser la température du fer. Or à l'époque des chevaliers, si
  581. l'armurier ratait sa soudure lors du centième pli sur son épée, ce sont des jours de travail qui partaient en fumée.
  582. Mais ces gens maîtrisaient la technique et ne rataient pas. Aujourd'hui, même si des forgerons savent encore pratiquer
  583. cette soudure, ils s'aident cependant le plus souvent de quelques points de soudure à l'arc afin de maintenir les pièces
  584. en position pendant l'opération, ce qui montre bien une certaine perte.
  585. \paragraph{}
  586. Dans le cas d'une soudure qui serait réalisée en trichant quelque peu, cela n'est certes pas très grave et cela n'a pas
  587. grandes conséquences, mais si l'on prend l'exemple d'un rivetage, on doit alors percer un trou dans chaque pièce afin
  588. d'y passer le rivet puis de le marteler pour qu'il ne puisse plus ressortir. Mais si aujourd'hui un artisan prend le
  589. plus souvent sa perceuse, le forgeron médiéval se servait d'une sorte de poincon pour repousser la matière sur les côtés
  590. et ainsi réaliser un trou renflé. La différence est que désormais, la matière est enlevée par usinage, ce qui fragilise la
  591. pièce et peut donc avoir des conséquences sur la solidité de l'ensemble une fois assemblé. Attention, ce n'est pas le
  592. cas de tous les artisans, car bon nombre de ferroniers d'art se servent encore de cette
  593. technique\footnote{De plus, cette technique est au programme d'apprentissage du CAP
  594. Ferronier(Source: \url{http://www.formationchampagneardenne.org/formation-cap-ferronnerie-FC-3069.html})} dans
  595. un but également esthétique. Mais devant le nombre relativement faible en France de ces
  596. personnes\footnote{Pas plus de 6000 ferroniers en France, selon un reportage diffusé par l'Afpa
  597. (Organisme de formations professionnelles) sur YouTube
  598. (\url{https://www.youtube.com/watch?v=XD6oIWfJypw})}, la technique semble donc s'oublier quelque
  599. peu, notamment par l'influence de l'industrie qui peut pousser les artisans à prendre des raccourcis
  600. dans la réalisation de leurs œuvres\footnote{Comme on le voit dans cette vidéo prise sur une
  601. manifestation publique à travers les nombreux copeaux, synonymes d'usinage
  602. (\url{https://www.youtube.com/watch?v=7vQviXL2QWU})}.
  603. \section{Peu de changements, mais des nouveautés}
  604. \paragraph{}
  605. Si la forge d'aujourd'hui ressemble tout de même grandement à celle d'autrefois, elle bénéficie cependant d'un grand
  606. nombre d'améliorations technologiques la rendant beaucoup plus efficace. Que ce soient des outils plus performants, plus
  607. précis, plus faciles d'utilisation, ou bien des matériaux de meilleure qualité, mieux connus et maîtrisés, plus simples
  608. à se procurer, ou encore de nouveaux types de traitements comme les traitement de surfaces, ainsi qu'une meilleure
  609. maîtrise des traitements thermiques malgré leur ancienneté, toutes ces amélioration contribuent à donner une forge
  610. nouvelle réduisants les difficultés physiques du métier et augmentant la qualité des pièces produites.
  611. \paragraph{}
  612. De plus, elle est maintenant pratiquée en indutrie par des machines, ce qui n'a plus rien à voir avec de l'artisanat,
  613. mais reste tout de même basée sur les grands principes existants depuis maintenant plusieurs millénaires.
  614. \subsection{Des outils plus performants}
  615. \paragraph{}
  616. Contrairement à leurs ancêtres, les forgerons contemporains ont désormais accès à un grand nombre d'outils variés
  617. permettant d'accélérer et de gagner en efficacité dans leur travail. Cela passe par toutes les sortes d'outils
  618. possibles: de modelage, de découpe, de chauffe, de soudage, etc\ldots{}
  619. \subsubsection{Le marteau-pilon}
  620. \paragraph{}
  621. Le premier exemple qui vient en tête lorsque l'on parle des outils modernes du forgeron est certainement le
  622. marteau-pilon. Mis au point vers la fin du XIX\ieme{} siècle au Creusot, son ancêtre, le martinet, existait cependant
  623. déjà au Moyen-Âge même s'il était très peu répandu au début car il n'était vraiment utile que dans les forges de grande
  624. envergure et son manque de précision le rendait guère utilisable pour des travaux fin. Il se généralise vers la toute
  625. fin du Moyen-Âge et marque les débuts de l'industrie.
  626. \paragraph{}
  627. Aujourd'hui, le marteau-pilon a depuis longtemps fait ses preuves et la plupart des forges modernes en possèdent au
  628. moins un, désormais électrique ou pneumatique et facile d'utilisation contrairement aux premiers modèles à vapeur. Sa
  629. précision et sa puissance étant facilement contrôlable par une pédale, il est désormais courament utilisé dès qu'il
  630. s'agit d'étirer ou d'aplatir des pièces. Cela permet de surcroît de préserver la santé du forgeron qui gagne un nombre
  631. de coup de marteau colossale pour toutes les grosses pièces qu'il peut avoir à faire.
  632. \paragraph{}
  633. En outre, il existe un grand nombre de tailles différentes pour le pilon. Ainsi, si on peut trouver aisément des outils
  634. de plusieurs tonnes dans les industries, on trouve aussi des modèles très légers permettant un travail très fin dans de
  635. petits ateliers, comme les petits martinets de carossier parfois utilisés en ferronerie.
  636. \begin{figure}[H]
  637. \label{fig:couleurs}
  638. \centering
  639. \includegraphics[width=\textwidth]{pilons.jpg}
  640. \caption{Pilon et martinet}
  641. \caption*{À gauche, le marteau-pilon, à droite, le martinet de carossier, très utile pour des travaux de finesse}
  642. \end{figure}
  643. \subsubsection{Le ventilateur}
  644. \paragraph{}
  645. Depuis l'apparition de la forge, les feux doivent être attisés. Sans cela, d'une part la réduction du minerai est
  646. impossible, d'autre part, son modelage à chaud reste très limité par une température non seulement peu
  647. élevée\footnote{En moyenne, des braises de charbon de bois sont à 800\degres{}C si elles ne sont pas attisées}, mais en
  648. plus très lente à atteindre. Les soufflets ont donc été inventé dans ce but: accélérer la chauffe.
  649. \paragraph{}
  650. Mais le soufflet médiéval devait généralement être actionné à la main, le plus souvent par un apprenti, parfois
  651. mécaniquement par la force hydraulique, ce qui n'était forcément pas très efficace. De plus, son souffle n'est jamais
  652. continu, il fonctionne par intermittence en soufflant très fort un moment, puis il faut le temps de le ``remonter''
  653. avant de pouvoir souffler à nouveau.
  654. \paragraph{}
  655. L'invention du ventilateur comme moyen de soufflerie révolutionne donc le contrôle du forgeron sur son feu puisque s'il
  656. règle la vitesse de la machine, il contrôle directement la température de sa forge. De plus, la soufflerie permanente
  657. générée par le ventilateur permet de chauffer les pièces continuellement, contrairement au soufflet qui le fait par
  658. intermittence, ce qui permet de les amener beaucoup plus rapidement à la température voulue. Le gain de temps, mais
  659. surtout d'énergie humaine est ici énorme, puisque le forgeron peut désormais se reposer pendant que son métal chauffe.
  660. Il n'a pas non plus besoin de quelqu'un pour activer le soufflet pendant qu'il chauffe sa pièce pour une trempe, chose
  661. qui était autrefois presque obligatoire puisque que toute l'attention doit être portée sur le métal afin de ne pas rater
  662. la trempe, et une deuxième personne activant la forge était donc nécessaire presque systématiquement.
  663. \subsubsection{La forge à gaz}
  664. \paragraph{}
  665. Avec l'apparition du gaz comme énergie courante, un nouveau type de forge a fait son apparition: la forge à gaz. Elle
  666. fonctionne sur le même principe que la forge à charbon plus classique, mais on ne règle alors plus l'arrivée du
  667. comburant, l'air, pour contrôler la température, mais plutôt celle du carburant, le gaz, et cela se fait avec une simple
  668. vanne, tout comme sur les gazinières. Le contrôle est immédiat et une telle forge a ainsi une inertie très réduite: elle
  669. monte très rapidement en température et redescent très vite également.
  670. \paragraph{}
  671. L'autre avantage est que l'on peut, pour une forge fixe, la brancher sur le gaz de ville et on n'a alors plus besoin de
  672. trouver régulièrement du combustible comme avec le charbon. Mais la forge à gaz est aussi beaucoup utilisée en tant que
  673. forge mobile, avec une bouteille à côté, car le gain de place est plutôt conséquent par rapport à un sac de charbon, et
  674. l'abscence de fumée dégagée permet aussi de s'installer sous un stand lors d'une manifestation. C'est donc dans ce genre
  675. de cas qu'on la rencontre le plus.
  676. \paragraph{}
  677. Cette forge ne fait cependant pas l'unanimité chez les forgerons car d'une part elle fait usage d'une énergie non
  678. renouvelable et cela n'est pas approuvé par tout le monde, et d'autre part, la combustion du gaz provoque un bruit de
  679. souffle permanent qui n'est pas non plus des plus agréables. Son utilisation est parfois placé sous le signe de
  680. l'occasionnel par des forgerons qui utilisent du charbon dans leur atelier, mais du gaz lorsqu'ils sont en déplacement,
  681. afin de trouver un compromis entre mobilité et respect de l'environnement.
  682. \subsubsection{Le chalumeau}
  683. \paragraph{}
  684. Le chalumeau est là un autre outil utilisant une énergie récente. En effet ceux qui sont courament utilisés par les
  685. professionnels de zinguerie, plomberie, et autre, sont des chalumeaux oxyacétylénique, c'est à dire qui utilisent de
  686. l'acétylène et de l'oxygène pour former des flammes atteignants facilement les 3000\degres{}C.
  687. \paragraph{}
  688. L'intérêt d'utiliser ce type d'outil en forge est que l'on peut facilement chauffer de manière très sélective une pièce
  689. en envoyant la flamme que là où l'on souhaite chauffer et ainsi ne pas risquer d'endommager un travail précédemment
  690. accompli.
  691. \paragraph{}
  692. En outre, la chauffe sélective permet aussi de réaliser des trempes selectives aiséments, puisque l'on chauffe alors
  693. uniquement la partie à tremper sans chauffer le reste et on ne risque plus d'accident de trempe comme lorsque l'on
  694. utilise une gangue réfractaire\footnote{Technique utilisée depuis l'Antiquité pour réaliser des trempes sélectives à
  695. l'aide de matières réfractaires comme l'argile que l'on applique sur la pièce là où on ne veut pas la tremper, avant de
  696. la chauffer puis de la plonger dans le bain de trempe. La gangue protège ainsi les zones qui ne refroidissent alors plus
  697. assez vite pour être trempées} qui peut se briser ou être mal appliquée.
  698. \subsubsection{Des limes grandement améliorées}
  699. \paragraph{}
  700. Autrefois, pour paufiner une pièce, la polir, ou l'aiguiser, on utilisait des limes, des meules, ou des pierres à
  701. aiguiser. Mais ce travail était souvent très long car réalisé uniquement par l'énergie humaine. Réaliser des finitions
  702. sur une pièce demandait donc un temps très conséquent, et cela était donc réservé pour les meilleurs objets, les épées
  703. prestigieuses par exemple.
  704. \paragraph{}
  705. Aujourd'hui, il n'y a même pas besoin d'être forgeron pour posséder une meuleuse d'angle très simple qui permet pourtant
  706. de gagner un temps énorme lorsqu'il s'agit de découper ou de réaliser un poncage plus ou moins grossier suivant le type
  707. de disque utilisé.
  708. \paragraph{}
  709. De plus, les nombreuses ponceuses à bandes et autres tourets à meuler disponibles sur le marché équipent désormais la
  710. plupart des ateliers d'artisan et les forgerons ne font guère d'exception à la règle.
  711. \paragraph{}
  712. Enfin, les limes de très haute qualité comme celles que l'on peut observer au musée du fer sont également monnaie
  713. courante et la qualité des finitions qui peuvent être atteintes, comme par exemple en horlogerie, sont par conséquent
  714. impressionnantes.
  715. \subsection{Des matériaux améliorés}
  716. \paragraph{}
  717. Avec la mise au point à partir des XIV\ieme{} et XV\ieme{} siècles du haut-fourneau, la réduction minière ne fabrique plus
  718. de fer, mais de la fonte, contenant un fort taux de carbone. Elle peut être utilisée telle qu'elle est produite, mais on
  719. préfère généralement l'affiner dans les aciéries afin d'en faire de l'acier. On contrôle alors au fil des siècles de
  720. mieux en mieux le taux de carbone voulu dans l'acier, et avec l'apparition de la métallurgie, on connaît les
  721. conséquences que cela engendre au niveau physique. Toute une gamme de produits se créer donc à destination des industries
  722. comme des artisans, avec pour chacun les informations essentielles à son traitement.
  723. \paragraph{}
  724. Mais les matériaux ne concernent pas que l'acier, car depuis les début de la forge, des traitements de surfaces existent
  725. comme par exemple l'huile de lin qui protège principalement de la corrosion et donne un effet patiné très apprécié. Mais
  726. ces traitement sont restés anecdotiques en comparaison du nombre de peintures et autres vernis qu'il existe
  727. actuellement.
  728. \subsubsection{Des aciers très précis}
  729. \paragraph{}
  730. Comme décrit précédemment, la nouvelle façon de produire de l'acier qui se généralise après le XV\ieme{} siècle permet
  731. d'en produire de différentes sortes suivant le taux de carbone contenu. Plus il y a de carbone, plus le métal pourra
  732. prendre la trempe et devenir dur, mais plus il deviendra cassant également. Le talent du forgeron va donc pour commencer
  733. dépendre de son savoir-faire pour choisir sa matière première en fonction de la pièce finale voulue.
  734. \paragraph{}
  735. Mais encore plus récemment, au XX\ieme{} siècle, de nouveau éléments sont venur s'allier à l'acier, ayant pour but de le
  736. renforcer encore face à certaines contraintes. Ces éléments sont principalement le Manganèse, le Chrome, le Nickel et le
  737. Molybdène, mais il en existe d'autre cependant moins répandus.
  738. \paragraph{}
  739. Par exemple, une contenance de plus 12\% de Chrome dans un acier lui confère des propriétés de résistance à la
  740. corrosion, et forme ce qui est courament appelé de l'acier inoxidable, ou simplement Inox. Le Manganèse, lui, augmente
  741. l'usinabilité de l'acier, c'est à dire qu'il sera plus facile à découper et à limer qu'un acier classique. Le Molybdène
  742. pour sa part la température de surchauffe, donc l'acier conviendra tout à fait pour des pièces qui par exemple
  743. tourneront à grande vitesse dans un moteur.
  744. \paragraph{}
  745. Même si tous ces aciers possèdent de très intéressantes propriétés, ils ne sont en revanche pas toujours forgeable, ou
  746. nécéssite parfois des précautions particulières que le forgeron doit connaître. Mais ils sont tout de même
  747. principalement utilisés dans l'industrie et l'artisan moderne se contente généralement d'aciers au carbone, c'est à dire
  748. les aciers les plus simple. Il doit cependant connaître les normes de dénomination des aciers afin de savoir quoi
  749. commander au fournisseur. Ces désignations sont résumées dans le diagramme suivant\footnote{Source:
  750. \url{http://fr.wikibooks.org/wiki/Technologie/Matériaux/Généralités/Désignation_normalisée_des_aciers\#Norme_EN_10027}}.
  751. \begin{figure}[H]
  752. \centering
  753. \includegraphics[width=\textwidth]{designation.png}
  754. \caption{Désignation des aciers}
  755. \caption*{La désignation des aciers selon la norme européenne EN 10027}
  756. \end{figure}
  757. \paragraph{}
  758. Toutes cette connaissance est donc tout à fait nouvelle pour le métier de forgeron par rapport à l'ancienneté du métier,
  759. puisque cette fabrication très précise date du siècle dernier, et que les désignations normalisées sont encore plus
  760. récentes (la norme EN 10027 date de 2005\footnote{Source: la norme elle même disponible à cette adresse:
  761. \url{http://sanyosteel.com/files/EN/EN\%2010027-1.pdf}}).
  762. \subsubsection{De nouveaux traitements de surfaces}
  763. \paragraph{}
  764. Si nos ancêtres appliquaient parfois de l'huile de lin et autres produits d'origine naturelle pour traiter leurs pièces
  765. forgées afin de les protéger principalement de la corrosion, les énormes avancées du XX\ieme{} siècle en matière de chimie
  766. des peintures et vernis a permis de mettre au point un nombre incalculable de produits pour traiter tout type de surface
  767. et l'acier ne fait pas exception à cette règle.
  768. \paragraph{}
  769. Ainsi, il est très fréquent pour un ferronier de recouvrir une girouette de peinture anti-corrosion afin que celle-ci
  770. résiste le plus longtemps possible une fois installée sur le toit qui lui est destiné. De même, un portail durera
  771. d'autant plus longtemps s'il est protégé des intempéries par le même procédé. Ces peinture ont certes la même fonction
  772. que l'huile de lin ancestrale, mais elles ont cependant l'avantage certain d'être beaucoup plus rapides à appliquer,
  773. puisqu'à la bombe ou au pinceau, une ou deux couches suffisent et le tour est joué, tandis que l'huile doit être
  774. appliquée pendant des heures avec un chiffon pour bien imprégner le métal et ainsi jouer son rôle de protection.
  775. % Connaissance fine des métaux
  776. % Changement de matériaux: ce n'est plus du fer, mais de l'acier doux
  777. % Pertes de certaines techniques comme la soudure au feu, remplacée par la soudure à l'arc, la brasure...
  778. % Nouveau traitements de surfaces: peinture...
  779. \subsection{Formations professionelles et cadres juridiques}
  780. \paragraph{}
  781. Si au Moyen-Âge, n'importe qui ayant suffisament de talent pour réaliser les objets qui lui étaient demandés pouvait
  782. aisément s'installer comme artisan en ouvrant un atelier muni d'une enseigne, il n'en est rien aujourd'hui puisque tout
  783. ce qui peut être en rapport avec le commerce est très règlementé. En effet, pour pouvoir s'installer comme artisan, il
  784. faut déjà obligatoirement être titulaire d'un diplôme, puis s'en suit toute une procédure administrative pour être
  785. déclaré et avoir ainsi un vrai statut légal.
  786. \subsubsection{Les formations}
  787. \paragraph{}
  788. Mais si la possession d'un diplôme est bien nécessaire, il existe pour la ferronerie, la forge, la maréchalerie, une
  789. multitude de voies différentes pour en obtenir un. En effet, du CAP (Certificat d'Aptitudes Professionnelles) qui est
  790. certainement le diplôme le plus simple, au BTS (Brevet de Technicien Supérieur), décerné au niveau bac+2, tous peuvent
  791. être obtenus par la voie scolaire, généralement dans des lycées professionnels. Mais d'autres voies permettent de les
  792. obtenir, comme le VAE (Validation des Acquis de l'Expérience) qui permet depuis 2002 d'obtenir la plupart des diplômes
  793. d'état du CAP au doctorat par une simple valorisation de l'expérience d'une personne qui aurait déjà travaillé quelques
  794. temps dans un domaine et penserait avoir les même qualifications que celles décernées par le diplôme.
  795. \paragraph{}
  796. Ces différents diplômes existent en France dans plusieurs domaines en lien avec la forge: la ferronerie, la serrurerie,
  797. la chaudronerie, sont des exemples de domaines pour lesquel il existe des formations diplômantes reconnues permettant
  798. ensuite de travailler en entreprise, ou bien de s'installer à son compte.
  799. \paragraph{}
  800. Une fois le diplôme en poche, devenir artisan à son compte reste loin d'être facile. Il faut en effet entamer une
  801. procédure administrative pour être enregistré dans le Registre des Métiers, un institut régionnal qui regroupe les
  802. différents artisans. De plus, une formation de cinq jours sur la création d'entreprise est proposé au niveau régionnal
  803. qui aborde les différentes facettes de la création d'entreprise et cette dernière est vivement recommandée pour les
  804. futurs artisans.
  805. \subsubsection{Le cadre juridique}
  806. \paragraph{}
  807. Commercialiser sa production est également très règlementé, et va généralement de pair avec l'établissement comme
  808. artisan. En effet, quelqu'un qui forgerait sur son temps libre et qui vendrait les objets qu'il a produit, ne serait-ce
  809. qu'à des amis, serait dans ce cadre illégal, car cela est considéré comme du marché noir. Il faut, pour pouvoir
  810. commercialiser sa production légalement, avoir le statut d'artisan et déclarer ainsi les ventes, ce qui implique en
  811. général d'être également imposé dessus. Si l'on ne souhaite pas prendre de salarié, le statut de micro-entreprise peut
  812. également être avantageux au niveau des charges.
  813. \paragraph{}
  814. Dans certains cadres cependant, il est possible pour quelqu'un qui n'est pas artisan de vendre sa production, comme par
  815. exemple sur les brocantes ou les marchés de Noël, puisque qu'il faut candidater auprès de l'organisateur de l'événement
  816. et que l'autorisation de vente est généralement règlée par une convention temporaire avec la municipalité. Le cadre
  817. juridique est donc dans ce cas toujours plus ou moins unique, mais surtout exceptionnel.
  818. \section{Rencontre avec Denis Poux}
  819. \label{denis}
  820. \paragraph{}
  821. C'est à Chaudron (25) que ce forgeron a racheté une ferronerie d'art il y a quelques années pour
  822. s'y installer. J'ai donc pu me rendre une première fois dans cet atelier pendant les vacances de la
  823. Toussaint afin de l'observer travailler et qu'il m'explique et me raconte son travail et sa passion.
  824. \paragraph{}
  825. Lorsque je suis rentré la première fois dans l'atelier et que j'ai demandé s'il était bien le
  826. forgeron, sa réponse fût "si on veut, oui". Il m'expliqua par la suite qu'il ne pratique pas
  827. uniquement la forge, car la ferronerie d'art est un métier bien plus complet. Il faut en effet
  828. savoir non seulement forger, mais aussi découper, meuler, souder, en bref, travailler le métal de
  829. toutes les manières que ce soit, mais il faut aussi surtout savoir dessiner.
  830. \paragraph{}
  831. C'est là un des points sur lesquels il a le plus insisté pendant notre rencontre, la ferronerie est
  832. bien un art, celui de faire quelque chose de beau, parfois fonctionnel suivant la demande ou
  833. l'envie, mais l'aspect esthétique est dans tous les cas toujours pris en compte.
  834. \begin{figure}[h!]
  835. \centering
  836. \includegraphics[width=\textwidth]{atelier_denis.jpg}
  837. \caption{L'atelier de Denis}
  838. \caption*{Parfait exemple d'un atelier de forgeron moderne. On peut observer au fond à gauche le
  839. marteau-pilon et le martinet de carossier dont il est équipé. Sur la droite, un poste à souder. Au fond, la
  840. forge en elle-même.}
  841. \end{figure}
  842. \subsection{Un artisan amateur}
  843. \paragraph{}
  844. Denis est avant tout un passionné, puiqu'il pratique la ferronerie pendant son temps libre.
  845. Effectivement, il n'est pas à son compte comme artisan professionnel car il est salarié dans une
  846. entreprise, ce qui lui permet de vivre et lui a également permis d'investir dans cette forge.
  847. \paragraph{}
  848. Autodidacte de formation, il a par la suite, lors d'un congé formation dans le cadre de l'entreprise
  849. qui l'emploi, passé un CAP de ferronerie afin de pouvoir obtenir le statut d'artisan qui lui permet de vendre ce qu'il
  850. fabrique, ou bien de prendre des commandes particulières auprès des clients qui auraient des besoins très spécifiques.
  851. Il projette maintenant d'obtenir par une VAE le titre de Ferronier, mieux reconnu dans le domaine de l'artisanat, et
  852. dont la formation est plus complète que celle du CAP.
  853. \paragraph{}
  854. Aujourd'hui il travaille donc une partie de son temps dans une entreprise pontissalienne, et le
  855. reste du temps dans son atelier où il réalise à la fois des objets d'art purement décoratif, mais
  856. aussi des objets utiles comme des rampes d'escalier, ou encore des réparations de ce que peuvent lui
  857. amener les clients qui viennent le voir.
  858. \paragraph{}
  859. Mais pour toutes ces réalisations, la simple forge ne suffit généralement pas et il recourt alors
  860. très souvent à d'autres techniques plus modernes.
  861. \subsection{De la forge à la métallerie}
  862. \paragraph{}
  863. Si la forge est l'art de travailler le métal par des déformations, à chaud ou à froid, le plus souvent par des coups de
  864. marteau, mais parfois également par des pliages, elle est dans tous les cas une discipline très spécifique de la
  865. métallerie, qui regroupe toutes les façons possible de travailler le métal, mêlant tradition et technologie dans le but
  866. d'être le plus efficace possible. Et c'est comme ça que se qualifie Denis Poux, puisque pour ses réalisation, il peut
  867. être à même de pratiquer un grand nombre de disciplines.
  868. \paragraph{}
  869. Ainsi, le ferronier d'art moderne est généralement le métallier qui s'occupe de toutes les parties ouvragées d'un
  870. bâtiment: garde-corps, portails, lustres, etc\ldots{} Pour cela, la forge est certes un passage incontournable, mais la
  871. soudure et la découpe restent tout aussi importants pour la plupart des réalisations. De même, s'il se qualifie aussi de
  872. métallier, Denis estime que c'est parce que son travail consiste également chez un client à réfléchir à l'agencement et
  873. à la décoration afin de proposer aux personnes indécises plusieurs axes sur lesquels ils pourront définir plus
  874. précisément leur requête, et c'est aussi cette qualité de conseiller qui fait que le simple travail de ferronier est
  875. désormais englobé dans une classe de métier bien plus générale.
  876. \paragraph{}
  877. On peut également constater au vu de ses réalisations que Denis se soucie également de nombreux problèmes mécaniques,
  878. tels que la résistance à l'usure par exemple. En effet, à chaque fois que des pièces sont en mouvement l'une par rapport
  879. à l'autre, cela implique qu'une liaison doit être mise en place, et pour réaliser cette liaison, des connaissances
  880. élémentaires sur la résistance des matériaux sont nécéssaire. De cette façon, il est très fréquent que Denis vienne à
  881. utiliser bien d'autres métaux que l'acier, comme le cuivre, le zinc, le laiton, ou bien d'autres types d'acier comme des
  882. aciers alliés possédant les propriétés adaptées à la liaison. Ces métaux exigeant souvent des méthodes de travail très
  883. différentes par rapport au travail classique de l'acier au carbone, leur utilisation conduit à éloigner et généraliser
  884. encore le travail de cet artisan pluridisciplinaire.
  885. \subsection{De nouveaux problèmes apparaissent}
  886. \paragraph{}
  887. Il est vrai que les connaissances des ferroniers modernes donnent un avantage certain par rapport à ce qui se faisait au
  888. Moyen-Âge, mais Denis constate cependant que de nouveaux problèmes font leur apparition, principalement du fait de la
  889. raréfaction des apprentis dans les ateliers, mais aussi de part l'arrivée de nouveaux matériaux très divers, ou encore
  890. avec l'évolution du système économique.
  891. \paragraph{Tout seul}
  892. En effet, ils étaient autrefois presque indispensables du fait de la technologie qui nécéssitait presque toujours de la
  893. force humaine, mais aujourd'hui, avec l'automatisation d'un grand nombre de choses, il ne sont plus nécéssaire au
  894. quotidien. Mais quand vient le moment de réaliser une rampe d'escalier, qui est une pièce plutôt conséquante, là le
  895. besoin de bras supplémentaires pour la manipulation, la fabrication, et l'installation se fait cruellement ressentir.
  896. \paragraph{}
  897. Par exemple, même avec l'aide du marteau-pilon, allonger une barre de trois mètres de long seul n'est pas facile, et
  898. Denis doit donc sans cesse recourir à des astuces, comme des sortes de pieds par exemple afin de supporter le poids de la
  899. barre dépassant derrière lui pendant qu'il s'occupe de la manipuler. Mais un pied ne bouge pas tout seul, et cela ne
  900. remplace pas une personne qui aiderait à cette tâche.
  901. \paragraph{Nouveaux matériaux}
  902. Un autre problème est, comme évoqué précédemment, l'arrivée de nombreux nouveaux matériaux. Il peut s'agir de métal à
  903. travailler différemment que l'acier classique, comme certaines sortes d'aciers alliés qui ne se trempent pas à la même
  904. température que les autres. L'inox par exemple, est très difficile à forger si l'on n'en a pas l'habitude. Mais il peut
  905. également s'agir de clients qui demandent par exemple des marquises de porte avec un toit en verre. Or manipuler le
  906. verre constitue tout un métier, celui de vitrier, et c'est quelque chose de très difficile si on n'y a pas été formé.
  907. Par expérience, Denis refuse donc de poser du verre sur ses ouvrages, préférant une collaboration avec un vitrier si le
  908. cas vient à se présenter, mais il faut dans tout les cas adapter son travail du fer à celui du verre afin que les deux
  909. matériaux puissent s'adapter le mieux possible pour donner le meilleur résultat possible. En revanche, s'il refuse de
  910. poser du verre, Denis accepte de poser du plexiglas, car c'est là un matériau plus facile à manipuler et qui constitue
  911. un bon subsitut. Mais toutes ces matières sont bien évidemment plutôt nouvelles pour le métier de forgeron et elles n'y
  912. sont pas du tout liées, excepté par ces ouvrages, ce qui peut pousser l'artisan à devoir les maîtriser afin d'élargir
  913. son champ d'action et ainsi gagner une part de clientèle.
  914. \paragraph{Une économie qui a changé}
  915. Elargir son champ d'action, voilà bien encore une difficulté du métier moderne. En effet, il est important, lorsque l'on
  916. est forgeron à son compte, d'avoir une clientèle. Sans elle, le ferronier ne sert à rien, puisque réaliser des œuvres
  917. pour soi-même ne rapporte guère. Mais pour avoir une clientèle, il faut savoir viser large, et c'est pour cela que Denis
  918. fait l'effort de manipuler toutes sortes de choses, afin de répondre à un maximum de demandes, et de faire un maximum de
  919. devis.
  920. \paragraph{}
  921. En outre, il faut pour faire ces devis, ce que beaucoup appellent la ``fibre commerciale''. Il faut savoir se vendre,
  922. mais aussi proposer des offres abordables pour le client, tout en étant sûr de réaliser une certaine marge. Et c'est bien
  923. là la plus grosse des difficultés, car c'est pour sûr la plus dangereuse. Si les bénéfices réalisés ne sont pas assez
  924. important, l'artisan n'a plus qu'à mettre la clef sous la porte, et essayer de trouver du travail ailleurs. En revanche,
  925. quelqu'un qui se débrouille correctement peut être amené à gagner bien plus qu'en étant salarié dans une entreprise.
  926. Dans tous les cas, ce problème là ne date pas d'hier, car c'était déjà plus ou moins la même chose à l'époque
  927. moyen-âgeuse, mais ce qui a changé, c'est l'économie beaucoup plus complexe dans laquelle doivent se débrouiller les
  928. forgerons.
  929. \subsection{Une activité agréable et peu risquée}
  930. \paragraph{}
  931. Selon Denis, la ferronerie reste malgré ces difficultés, ``un métier très sympa''. Par bien des aspects, en effet, ce
  932. métier comporte des avantages certains: celui de travailler souvent au grand air, celui de ne jamais faire deux fois la
  933. même pièce, celui d'avoir un contact très régulier avec les gens, celui également de ne devoir engager quasiment que le
  934. prix des matières premières qui sont relativement bon marché lorsque l'on fait un devis.
  935. \paragraph{}
  936. Il est vrai que l'avantage de travailler dans un atelier ou en extérieur apporte un confort de vie non négligeable pour
  937. qui aime le grand air. Cela n'est pas toujours facile, particulièrement dans le Haut-Doubs où Denis est installé,
  938. l'hiver pouvant être fréquemment très rude, mais cela permet au moins de ne pas vivre assis toute la journée devant des
  939. papiers ou un écran. L'activité dépendant parfois de la météo, cela rompt à coup sûr la monotonie de la vie active,
  940. d'autant que la ferronerie ne l'est déjà pas à la base. En effet, chaque commande étant différente, et chaque pièce
  941. étant réalisée à la main, le ferronier n'a donc que très rarement à réaliser plusieurs fois le même travail, et lorsque
  942. cela arrive, ce n'est jamais plus d'une dizaine de fois.
  943. \paragraph{}
  944. De plus, une chose qui n'a que peut changer par rapport à l'époque médiévale, c'est que le forgeron est relativement
  945. connu dans le village. Et c'est tout à fait le cas à Chaudron, où nombre de personnes connaissent Denis et viennent donc
  946. lui rendre visite régulièrement. Ce contact permanent avec les gens est sans doute ce qui lui plait le plus et ce qui
  947. rend le travail ``sympa'', comme il le dit si souvent. Cela est de plus renforcé par le fait que lorsqu'un client passe
  948. une commande, cela se discute toujours en face à face, afin d'être le plus précis possible sur la tâche à réaliser, ce
  949. qui accroît encore le nombre de rencontres.
  950. \paragraph{}
  951. Un confort également non-négligeable qui rend le métier peu risqué, et qui ne provoque donc que très peu de
  952. stress, c'est que les seuls frais du forgerons sont la matière première qui, étant principalement de l'acier, est très
  953. bon marché, et peut de plus se recycler. C'est à dire que quand Denis propose un devis à un client, il comptabilise tout
  954. d'abord ces matières, mais cela représente peu en valeur, par rapport à ce que va coûter l'ouvrage final. Cela signifie
  955. que c'est son réel travail qui est rémunéré, et que cela ne dépend donc que de lui, ce qui est d'une part gratifiant,
  956. d'autre part peu risqué pour l'artisan en lui même, puisque s'il perdait une commande, seule la matière serait à sa
  957. charge et cela représente donc peu. Il aurait alors perdu certes un certain nombre d'heures, mais cela est moins fatal
  958. pour sa condition que si il perdait peu d'heures, mais une grande valeur marchande. De plus, cette matière étant presque
  959. toujours réutilisable, elle n'est même presque jamais perdue.
  960. \paragraph{}
  961. Enfin, la ferronerie reste tout de même un métier d'art, et cela n'est pas pour déplair à Denis, puisque comme il le
  962. dit, il faut avant tout savoir dessiner et avoir de l'imagination. C'est cette imagination qu'il est toujours agréable
  963. de faire travailler puisqu'elle a le pouvoir de nous faire voyager dans d'autres mondes où les choses se passent
  964. exactement comme nous voulons qu'elles soient, et ce rêve éveillé que Denis entretien à travers son travail est peut
  965. être la meilleure chose qui puisse arriver à tout homme, l'éloignant alors de tous les problèmes que la vie peut lui
  966. apporter.
  967. \chapter*{Conclusion}
  968. \addcontentsline{toc}{chapter}{Conclusion}
  969. \paragraph{}
  970. Le métier de forgeron est un des artisanats qui s'est le plus développé au Moyen-Âge en France, avec notamment le
  971. développement d'une ferronerie d'art tout à fait remarquable que l'on peut observer encore aujourd'hui à travers de
  972. nombreux ouvrages qui ont su traverser les siècles.
  973. \paragraph{}
  974. Les artisans de l'époque ont donc mis au point de nombreuses techniques qui se transmettaient de génération en
  975. génération, et qui furent en grande partie consignées dans des écrits encore aujourd'hui toujours disponibles. Mais
  976. même si ces ouvrage subsistent, le savoir-faire des techniques ne se transmet pas toujours et certaines sont même en
  977. passe de disparaitre.
  978. \paragraph{}
  979. Aujourd'hui, le métier de forgeron est toujours le même, mais il bénéficie cependant de la technologie moderne,
  980. principalement au niveau des connaissances, de l'outillage et des matériaux. En revanche, pour pratiquement toutes les
  981. classes de forgerons, l'objectif n'est plus tout à fait le même qu'au Moyen-Âge. Même si le maréchal a toujours pour but
  982. de ferrer les chevaux, il ne s'occupe pratiquement plus de les soigner, laissant cela aux vétérinaires, et si le
  983. ferronier doit toujours réaliser des ouvrages le plus souvent en rapport avec le bâtiment, son objectif principal est
  984. désormais de le faire dans une optique d'ésthétisme dès le départ.
  985. \chapter*{Bibliographie}
  986. \addcontentsline{toc}{chapter}{Bibliographie}
  987. \paragraph{}
  988. Tous ces sites ont servis de support, que ce soit par des photos ou bien par du contenu plus littéraire, à la réalisation
  989. de ce rapport. J'en remercie donc les auteurs et vous invite à aller les consulter car certains regorgent d'informations
  990. des plus intéressantes.
  991. \begin{itemize}
  992. \item Centre de ressources, Institut National des Métiers d’Art. Fiche Métiers d'Art (Forgeron) [en ligne]. Disponible sur
  993. <\url{http://www.institut-metiersdart.org/system/files/page/files/Forgeron-Fiche_metier_INMA.pdf}> (Consulté le 27/12/2013)
  994. \item Orientation pour tous. Information et orientation sur les formations et les métiers (Ferronier(ière d'art) [en
  995. ligne]. Disponible sur <\url{http://www.orientation-pour-tous.fr/metier/ferronnieriere-d-art,11643.html}>
  996. (Consulté le 26/10/2013)
  997. \item Comment fait-on?. Comment réussir à s'installer comme artisan? [en ligne]. Disponible sur
  998. <\url{http://www.commentfaiton.com/fiche/voir/10075/comment-reussir-a-s-installer-comme-artisan}> (Consulté le
  999. 07/11/2013)
  1000. \item Yves Van Cranenbroeck. Cerclage de roue de charrette [en ligne]. Disponible sur
  1001. <\url{http://www.maredret.be/patrimoine/patrimoinehistorique/ancienneforge/cerclagederouedecharrette/cerclagederouedecharrette.htm}>
  1002. (Consulté le 15/10/2013)
  1003. \item Steve Kellogg. Rural Blacksmithing: Link by link, chain by chain [en ligne]. Disponible sur
  1004. <\url{http://ruralblacksmith.blogspot.fr/2010/06/link-by-link-chain-by-chain.html}> (Consulté le 2/12/2013)
  1005. \item Vinh Lê Cao. 3kg sous terre [en ligne]. Disponible sur <\url{http://www.3kgsousterre.blogspot.fr/}> (Consulté
  1006. le 21/12/2013)
  1007. \item Vinh Lê Cao. Forge de caractère [en ligne]. Disponible sur <\url{http://www.forgedecaractere.fr/}> (Consulté
  1008. le 21/12/2013)
  1009. \end{itemize}
  1010. \paragraph{}
  1011. Ces extraits de rapports scientifiques et d'ouvrages d'historiens sont tous consultables en ligne sous forme de PDF
  1012. hébergés sur le portail de revues Persee.
  1013. \begin{itemize}
  1014. \item Halleux Robert. Sur la fabrication de l’acier dans l’Antiquité et au Moyen Âge. In: Comptes rendus des séances
  1015. de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 151e année, N. 3, 2007. pp. 1301-1319. \\
  1016. Disponible sur <\url{http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_2007_num_151_3_91356}> (Consulté le
  1017. 28/11/2013)
  1018. \item Leroy Marc, Casarotto Jean-Thomas, Hamon Bernard. Autour de la « minette » : la perduration de la production
  1019. du fer en bas fourneau en Lorraine à la fin du Moyen Age. In: L'innovation technique au Moyen Âge. Actes du VIe
  1020. Congrès international d'Archéologie Médiévale (1-5 Octobre 1996, Dijon - Mont Beuvray - Chenôve - Le Creusot -
  1021. Montbard) Caen : Société d'Archéologie Médiévale, 1998. pp. 145-150. (Actes des congrès de la Société
  1022. d'archéologie médiévale, 6) \\
  1023. Disponible sur <\url{http://www.persee.fr/web/ouvrages/home/prescript/article/acsam_0000-0000_1998_act_6_1_1136
  1024. }> (Consulté le 28/11/2013)
  1025. \item Auliard Cécile. Les maréchaux à l'époque médiévale : forgerons ou vétérinaires ?. In: Médiévales,
  1026. N\degres{}33, 1997. pp. 161-173.\\
  1027. Disponible sur <\url{http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/medi_0751-2708_1997_num_16_33_1403
  1028. } (Consulté le 28/11/2013)
  1029. \item Goustard Vincent, Leroy Marc, Serneels Vincent, Daveau Isabelle. La production sidérurgique en contexte
  1030. d'habitat aux VIIIe/XIIe siècles : l'apport des fouilles récentes en France et en Suisse. In: L'innovation
  1031. technique au Moyen Âge. Actes du VIe Congrès international d'Archéologie Médiévale (1-5 Octobre 1996, Dijon -
  1032. Mont Beuvray - Chenôve - Le Creusot - Montbard) Caen : Société d'Archéologie Médiévale, 1998. pp. 139-144.
  1033. (Actes des congrès de la Société d'archéologie médiévale, 6)\\
  1034. Disponible sur <\url{http://www.persee.fr/web/ouvrages/home/prescript/article/acsam_0000-0000_1998_act_6_1_1135
  1035. } (Consulté le 28/11/2013)
  1036. \end{itemize}
  1037. \end{document}